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Perspectives historiques des rapports société civile / Etat dans le Japon moderne.

State of civil society in Japan - Swartz F.J, Pharr S.J

Autor : Swartz F.J, Pharr S.J

Por Martin Vielajus

enero 2008

Contenido

La problématique générale de cette étude est l’analyse des relations d’influence et d’autonomie entre la sphère de la société civile et l’Etat Japonais, depuis l’avènement de l’ère Meiji en 1868. De fait, cette analyse interroge la capacité de l’Etat japonais à dessiner une ligne de démarcation claire entre le domaine privé et le domaine public et pose en filigrane la question de la définition de la notion de société civile au travers d’une conception radicalement non-occidentale des rapports entre Etat et société. Le questionnement ne porte pas sur « l’existence » ou « l’absence » d’une « société civile » au sein du système politique japonais. L’un des présupposés d’une telle analyse pose en effet le principe selon lequel dans tout système existe des groupements sociaux, qui de manière parfois souterraine, jouissent d’une sphère d’autonomie.

Le Japon se caractérise par une logique sociétale centrée autour de l’autorité de l’Etat, du ōyake – terme désignant originellement la Maison de l’Empereur, et de manière plus large, la notion de sphère « publique » . L’Etat apparaît ainsi comme une entité issue d’elle-même et capable de s’auto-légitimer. Le lien étroit entre le monde des affaires et l’Etat leur permettent ensemble de présenter un discours commun sur le bien public et rend l’existence d’une sphère publique autonome largement problématique. Dans ce contexte, l’une des caractéristiques de la société civile japonaise est son aspect historiquement intégré au système Etatique, et relativement soumis à sa tutelle. Tout au long de cette réflexion historique, se pose donc la question du rôle de l’Etat vis-à-vis du déploiement de la société civile. L’Etat a-t-il simplement cherché à « étouffer » une société civile en émergence ou bien a-t-il permis de dessiner les contours de cette société civile selon les spécificités de la société japonaise ? Parallèle à ce questionnement, se pose le problème de l’évolution historique de cette société civile. Peut-on faire le constat d’un cheminement de la société civile vers une perspective plus pluraliste et plus autonome ?

Le déploiement de la société civile japonaise est présenté notamment au travers de deux évènements majeurs « d’ouverture » à l’influence politique occidentale. Cette perspective historique attribuant à l’occident un rôle prépondérant dans l’évolution politique japonaise révèle déjà une conception bien particulière de la société civile que nous aurons l’occasion d’analyser en commentaire.

La première forme « d’exposition » de la société japonaise au modèle politique occidental se traduit par l’avènement de l’ère Meiji dont la naissance se situe, selon les repères historiques traditionnels, en 1868. Le début de l’ère Meiji se caractérise en effet notamment par l’émergence d’une classe urbaine supérieure et éduquée, l’apparition, d’une sphère publique plus autonome et d’une forme d’opposition politique à l’autorité Etatique (contestation qui se traduit en particulier par la constitution du premier parti d’opposition , le Parti Libéral (Jiyūtō) en 1880. De manière plus informelle, l’expression de cette contestation passe également par la constitution d’associations de notables ruraux mais aussi de riches paysans, d’associations villageoises, d’associations de femmes ou encore d’associations de jeunesse qui explorent toutes à leur manières des formes de régulations relativement autonomes. Face à cette timide prise d’autonomie d’une partie des associations locales, l’Etat japonais, dés le début du XXè siècle, met en oeuvre des mesures de réorganisation bureaucratique de la vie associative locale afin de la mettre sous tutelle et d’en centraliser la régulation. Les mouvement syndicaux illustrent bien ce rattachement d’associations « autonomes » à la bureaucratie étatique. Le courant majoritaire des « réalistes » au sein des syndicats de travailleurs ont eu tendance en effet à s’allier au gouvernement en isolant les militants les plus contestataires.

La « guerre de quinze ans » dans laquelle s ‘engage le Japon à partir de 1931, et qui débute avec l’occupation de la Manchourie, radicalise cette volonté Etatique de contrôle absolu des acteurs de la société civile. Les fédérations de travailleurs, les mouvements de femmes et la plupart des associations non-gouvernementales sont ainsi contraintes de s’intégrer aux « associations patriotiques » , sous le contrôle d’un parti unique. De l’avènement de l’ère Meiji jusqu’au sortir de la deuxième guerre mondiale, un double processus caractérise ainsi les rapports entre l’Etat et la société japonaise. D’un coté, les évolutions de la société japonaise favorise l’émergence d’une sphère publique et d’une vie associative intense, de l’autre, ces nouvelles forces sociales entrent en relations étroites avec l’Etat, obstacle à l’affirmation d’une société civile véritablement autonome.

L’occupation américaine est présentée comme le deuxième moment de « l’ouverture » japonaise au modèle politique occidental ayant pour conséquence une libération de la société civile vis-à-vis de la répression et du contrôle Etatique. L’imposition d’une liberté religieuse, la dissolution des associations patriotiques, la décentralisation des fonctions policières et éducatives sont autant de mesures prises par l’occupant visant à détruire la « relation incestueuse » de l’Etat et de la société civile japonaise. L’élément particulièrement significatif de ce supposé « moment d’ouverture » s’illustre au travers de la persistance d’associations locales directement liées au gouvernement sous couvert d’autonomie. Un premier questionnement, qui résonnera dans les commentaires, s’impose ainsi à ce stade de la réflexion. Comment distinguer le principe d’ouverture et de modernisation sociétale, de l’imposition pure et simple d’un modèle occidental fondé sur un idéal de libre association inadapté à la conception japonaise de société civile ?

L’occupation américaine est à son tour suivie d’une période de resserrement du contrôle et de la tutelle porté sur le monde associatif japonais, même si peu à peu la confiance de la société vis-à-vis du gouvernement se voit entamée par l’émergence du secteur privée et les erreurs financières de l’Etat. Comment se traduisent alors dans le Japon contemporain les indices de cette volonté de tutelle Etatique ?

L’un des signes de l’ambiguïté des relations entre l’Etat et le monde des associations demeure présent notamment au travers de la reconnaissance problématique d’un grand nombre d’ONG par l’Etat en tant qu’institutions ayant un cadre d’action légale. Cette réticence Etatique met en avant l’impératif de défense de « l’intérêt public » face aux intérêts particuliers que représentent généralement ces groupes d’associations spécifiques. Les récents décrets assouplissants cette fermeture de l’Etat à la reconnaissance du monde associatif ne doivent pas masquer la problématique fondamentale du rôle de la société civile vis-à-vis de l’intérêt public que pose l’attitude de l’Etat japonais.

 

Commentaires

Cette réflexion pose avant tout la question du cheminement de la société civile vers un plus grand pluralisme et une plus grande autonomie. De fait, il présuppose un modèle de société civile universel et une idéal commun pour celle-ci. Mais la notion de société civile ne peut être perçue de manière transhistorique et transculturelle dans la mesure ou elle est avant tout le fruit d’un moment de l’histoire occidentale, marquée par l’émergence de l’Etat moderne et d’un antagonisme radical entre la sphère publique et la sphère privée.

Comme l’affirme Thimothy Brook dans son étude concernant la société civile chinoise « Dans les société néo-confucéennes, la sphère publique a été crée par l’Etat et non par la sphère privée. » De ce fait, il considère une grande partie de la « société civile » asiatique comme une forme moderne de « corporatisme d’Etat » que les occidentaux ne parviennent à associer qu’avec les régimes de forme fasciste.

« Quand la mémoire va chercher du bois mort, elle ramène le fagot qui lui plaît » (Bigaro Diop).

De manière significative, les deux moments de “libération” de la société civile japonaise mis en avant dans cette étude semblent naître de l’ouverture du pays au modèle politique occidental. Cette perspective historique très ethno-centrée illustre la difficulté de concevoir un développement endogène de la société civile japonaise selon une conception propre à la tradition politique du pays.

 

State of civil society in Japan -

Swartz F.J, Pharr S.J

Cambridge University Press, 2003

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